Emmanuel Schikaneder, le librettiste de la « Flûte enchantée » n’a jamais écrit nulle part que la reine de la nuit était un prix de beauté, je vous l’accorde, mais pour interpréter la mégère désaprivoisée, la noirceur opératique faite femme, le mal plus incarné qu’un ongle, on imagine une certaine stature dans le charisme, on ose espérer du méchant théâtral, de la belle « sale gueule », du Dark Vador, du docteur No, du Fantômas mâtiné de Mata-Hari… En bref, on se fait des joies simples de voir une belle dégueulasse bien crédible pour pourrir l’amour bien pur de Tamino et Pamina !
Lupus Kiété, lui, le directeur de casting bulgare, avait vu dans ses rêves les plus fondus, les plus abstrus, les plus tordus, et également dans une pub pour la vache-qui-rit, une espèce d’héroïne tout en rondeurs odieuses, une sorte d’hétaïre élevée aux loukhoum de Damas. Il avait eu ce brave artiste ce qu’on appelle dans le jargon du show-business, une révélation et dans celui des garagistes, un court-circuit du delco ! Il avait vu, imaginé, extrapolé dans cette apparition dantesque, la nouvelle égérie d’une nouvelle race de « reine de la nuit » ! Cette grosse serait tout osmose avec le décor ultra-moderno-délirant de Jarvis Platiné, le metteur en scène le plus à la mode de l’instant. Ce dernier, comme tout bon créateur de roue, avait imaginé une révolution de la forme, une refonte des couleur et des matières, essayant dans tout l’extravagance de son talent de faire corps avec le génie de Mozart ! Ce n’était pas gagné !
Cette nouvelle élue, donc, s’appelait Colchique Aurée…
